En recrutement, on entend fréquemment cette phrase : « Je veux quelqu’un d’expérimenté, autonome et clé en main. » Cette attente laisse parfois croire que l’expérience élimine le besoin d’intégration ou d’accompagnement. Pourtant, la réalité organisationnelle est tout autre.
Même un candidat hautement qualifié doit s’adapter lorsqu’il intègre une nouvelle organisation. Cette adaptation touche plusieurs aspects :
- une culture d’entreprise différente
- une nouvelle équipe de travail
- des processus internes propres à l’organisation
- des systèmes et outils de travail différents
- des façons de faire établies par la direction
L’expérience peut certainement accélérer l’apprentissage, mais elle ne remplace jamais une période d’intégration structurée.
Au Québec, la Loi sur les normes du travail ne définit pas officiellement la notion de « période de probation ». L’employeur dispose néanmoins d’une certaine marge de manœuvre pour mettre fin à l’emploi en début de relation d’emploi. Cette latitude ne signifie toutefois pas que les décisions peuvent être prises de façon arbitraire. L’employeur doit toujours agir de manière raisonnable et conforme aux principes généraux du droit du travail.
L’employeur possède ce que l’on appelle un droit de gestion, c’est-à-dire le pouvoir d’organiser le travail et d’en superviser l’exécution. Ce droit s’accompagne toutefois de responsabilités.
Selon les principes généraux présentés par la CNESST, l’exercice adéquat du droit de gestion implique notamment :
-
de formuler des attentes claires en fonction des besoins de l’entreprise
-
de superviser le travail de manière objective et respectueuse
-
de donner à l’employé les moyens et le temps nécessaires pour répondre aux attentes
-
d’appliquer les mesures disciplinaires de manière progressive, fondée sur des faits et de façon raisonnable et équitable
Lorsqu’une mesure disciplinaire est envisagée, elle vise d’abord à informer la personne des manquements reprochés afin de lui donner l’occasion de corriger sa conduite, qu’il s’agisse de comportement, d’attitude, de relations interpersonnelles ou de rendement. Ces principes constituent un cadre général de gestion du personnel, applicable à l’évaluation du rendement et à la gestion disciplinaire, peu importe l’ancienneté de la personne dans l’organisation.
La performance réelle ne s’évalue pas en quelques semaines
Dans la pratique, la performance d’un employé ne peut être évaluée de manière complète après seulement quelques semaines de travail. Même un professionnel très expérimenté doit passer par une phase d’adaptation.
Cela implique notamment :
- comprendre la structure organisationnelle
- se familiariser avec les outils et systèmes internes
- développer des relations de travail avec l’équipe
- s’approprier les processus et standards propres à l’entreprise
Cette période d’apprentissage est normale et fait partie intégrante de toute intégration professionnelle.
Dans plusieurs contextes organisationnels, la performance réelle et durable d’un employé se mesure généralement sur une période de 6 à 12 mois, et parfois davantage lorsque le poste comporte un niveau de responsabilité ou de complexité plus élevé.
Le succès de la période de probation commence à l’interne
La réussite d’un recrutement ne repose pas uniquement sur le choix du candidat. Elle dépend aussi de la préparation de l’organisation qui l’accueille.
Une embauche durable repose notamment sur :
- des attentes clairement définies
- une structure d’accueil et d’intégration
- des objectifs réalistes et progressifs
- un accompagnement actif du gestionnaire
- l’accès aux outils et ressources nécessaires pour réussir
Autrement dit, embaucher une personne expérimentée ne remplace pas la mise en place d’un plan d’intégration structuré. Même les profils les plus qualifiés ont besoin de temps pour comprendre l’environnement, s’approprier les méthodes de travail et atteindre leur pleine efficacité.
Conclusion
La réussite d’un recrutement ne se joue pas uniquement au moment de l’embauche. Elle repose également sur la capacité de l’organisation à clarifier ses attentes, accompagner la personne dans sa prise de poste et lui offrir les conditions nécessaires pour réussir.
Au final, l’intégration et la patience organisationnelle font souvent toute la différence entre : un bon candidat… et un employé réellement performant